Juillet 2010 : Chroniques sur Neospheres

Le netlabel Blauer Abend pouvait déjà se targuer de faire aussi bien, voire mieux, que Brian Eno en matière d'ambient music avec WinterGlow de Materia Aurora. Il prouve cette fois avec "Sun & Silence" d'Hjärna qu'il n'a pas d'œillères dans la définition de son champ d'investigation. Le titre "Sun & Silence" pourrait laisser penser que défile sur ce disque une forme de naturalisme musical. Il n'en est rien. Hjärna nous embarque en fait pour 3/4 d'heures dans un rêve éveillé de science-fiction. Des sonorités cristallines laissent place à d'autres plus sombres, avant que nos repères vacillent à l'écoute de field recordings nous ramenant en un imaginaire plus terrestre, voire nous fassent penser à la bande son d'un Sergio Leone tourné au cœur des Alpilles. Et cela sans mentionner des passages à la trompette, ou encore d'autres passages aux synthétiseurs "analogiques" qui évoquent Heldon ou Harmonia. De l'Art sonore avec un très grand A.

http://neospheres.free.fr/disques/hjarna.htm

L'ambient music a encore de beaux jours devant elle, ou plutôt de belles nuits bleues en perspective, pour reprendre le nom du netlabel Blauer Abend. L'album WinterGlow de Materia Aurora n'a en effet rien à envier aux plages de drones mélancoliques de la série Ambient de Brian Eno. Et à dire vrai il surpasse très largement certains de ses volets tardifs au son trop poli, trop rond. A l'aide de sources indéfinies, sans doute des synthétiseurs, une guitare, un furtif enregistrement de chants d'oiseaux, WinterGlow propose un long périple en exquise apesanteur dédié à l'hiver, à ses paysages bucoliques et aveuglants. L'essence même de ces drones est le changement constant dans une apparente constance. Dans un flux continu chaque instant sonore diffère, tout comme chaque teinte de bleu scintillera à sa façon à la lumière des étoiles ou de la pleine lune.

http://neospheres.free.fr/disques/materia-aurora.htm


Google Street View Melancholy




Pieyre Wittmann's "Promenade"

To be heard on MySpace.com

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Mai 2010



Pieyre Wittmann - Muséum

" Souvent j’allais me réfugier au Muséum. Les animaux morts m’apaisaient. J’y restais des après-midis, assis dans le hall ou déambulant entre les ours et les lynx, les éléphants, les rhinocéros. Je parlais seul, un peu. On osait pas me chasser. Après tout, je payais mon entrée, j’étais propre, on ne pouvait rien me dire. Je fixais le morse qu’on avait installé face à une glace, afin qu’il puisse se mirer dans la mort. Sans doute, si nous avions pu communiquer, aurait-il eu des choses à m’apprendre. Je repensais à Cioran et à son mauvais démiurge, à ses apartés avec son squelette, à sa fascination pour le silence et l’humilité des ossements. Leur impitoyable et paisible leçon. Moi aussi j’aimais le silence des tigres et des hyènes, des élans et des phoques ; le babil des enfants et de leurs parents gâteux ne parvenaient pas à le couvrir. J’aurais aimé pouvoir partager ce silence, le commenter, comme l’air facétieux du morse mort dans son miroir. Mais qui aurait voulu m’écouter ? "


April 2010


Dix ans après les ours - Goran Becker



« Tu me demandes pourquoi j’ai été baptisé à quarante ans passés, après une vie de vagabond, après une vie de ricanements et d’imprécations, comme si j’avais voulu me faire pardonner sur le tard ; mais c’est le monde entier que j’ai voulu racheter, Pieyre, des bactéries infectes à Dieu lui-même, j’ai eu pitié et j’ai voulu que tout soit sauvé, comme le Christ… J’ai vu cette femme mourir, au milieu du zoo. Elle convulsait devant la fosse aux ours, où leurs cadavres gisaient ; ils venaient de manger, devant elle, des branches empoisonnées. La femme n’avait pas pu supporter ce spectacle. Elle en était morte, et les badauds s’étaient attroupés autour d’elle, comme devant une attraction supplémentaire. Personne ne peut imaginer la pitié qui m’a saisi à cet instant ; au milieu des animaux en cages, au milieu des gens, face à la morte. Le monde entier est un zoo et une prison, Pieyre, et personne ne le sait. Personne ne sait à quel point. Je l’ai entrevu ce jour-là, et j’ai su que je ne pourrais plus continuer à vivre en faisant mine de l’ignorer. »

Au mois d'Avril de l'an deux mil, Goran Becker assiste dans le parc de la Pépinière, à Nancy, à la mort d'une femme. Cette expérience marque un tournant radical dans son existence. Dix ans plus tard, il lui consacre sa nouvelle pièce musicale. Bientôt sur Blauer Abend.

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Pieyre Wittmann - Bankgok, 2005

Pieyre Wittmann est né en 1949 à Chalons-sur-Saône. Il est le neuveu de la poétesse juive Consuela Wittmann, morte en 1942, dont les écrits le marquent à la fin de l’adolescence ; sa fascination pour le mysticisme bolchévique de l’auteure assassinée au camp de Buchenwald, rencontrant le tumulte des années 1968.

Ses débuts sur scène se font en groupe, avec la Compagnie Maleeya Bayarlag,au sein du réseau des théâtres populaires et des maisons de la culture, des occupations d’usines (Continental, 1972, Essilor, 1975, grève des OS à Flins) et des meetings politiques – Wittmann est par ailleurs membre de la plus discrète Gauche Prolétarienne jusqu’en 1972. Rapidement déçu, tant par le sectarisme et la violence verbale stérile de l’extrême-gauche, que par les compromissions grandissantes et les appétits individuels des quelques meneurs aujourd’hui rachetés par Rotschild, ou les dérives religieuses d’un Benny Levy, Wittmann se détache de l’action politique et passe plusieurs années à voyager, travaillant comme correspondant freelance.

Installé à Nancy au milieu des années 80, il se produit au Centre Culturel André Malraux et compose seul des pièces électro-acoustiques et expérimentales qu’il fait parfois interpréter par des musiciens amis. Ses enregistrements, généralement sur cassettes, circulent à très faible tirage, mais auprès d’une audience internationale.

Sa rencontre avec sa future compagne, la kurde irakienne Malika Olam, elle-même « rescapée » du marxisme-léninisme et des rangs du PKK, marque le quasi arrêt de sa carrière musicale (même s’ils collaboreront un certain nombre de fois, notamment sur scène), carrière qui s’arrêtera définitivement à la mort d’Olam en 2005.

Lecteur de Borgès et de Roberto Bolano, de Burroughs et de Ballard, Wittmann conçoit son art, à l’instar du Festin Nu ou de la Foire aux Atrocités, comme une succession de séquences, de vignettes ; un art du fragment et de l’inachevé ; pour reprendre ses mots, « un labyrinthe sonore fait d’une seule ligne droite, celle de la bande magnétique ».

Pieyre Wittmann est aujourd'hui représenté par le label Blauer Abend qui rééditera, en ligne ou sur support, une partie de son œuvre.




Pieyre Wittman - Oisals

La page MySpace de Pieyre Wittmann

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March 2010

Goran Becker - "Emeute au Zoo de Sarrebrück " (Saarbrücken Zoo Riot) - excerpt




Ceci est un extrait de la performance de Goran en 2004, à l'Uni-Rundfunk de Sarrebrücken (Allemagne), intitulée "Emeute au Zoo de Sarrebrück". Avec Goran Becker et Thibaut L. de Materia Aurora comme musicien de session. Souvenons-nous que les vingt ans de Goran Becker furent des années de dissidence trotskiste dans la Yougoslavie de Tito, et qu'il fut expulsé vers la France, puis l'Allemagne, où après des années d'errance il trouvé finalement une situation comme gardien de zoo - une expérience qui semble lui avoir laissé une rage froide. Bonne écoute.

L'enregistrement complet sera disponible bientôt sur une compilation rétrospective présentant une sélection de travaux de Goran Becker sur plusieurs années - dont notamment "Incendies Souterrains", sorti sur cassette en 1999.

This is an excerpt from the 2004 Goran's performance at Uni-Rundfunk, Saarbrücken (Germany) named "Emeute au Zoo de Sarrebrück" - which means "riot at Saarbrücken's Zoo". With Goran Becker and Materia Aurora's Thibaut L. as a session musician. Let's remember that Goran Becker, after having been a trotskist dissident in Tito's Yougoslavia in his early twenties, came to France then to Germany and worked as a Zoo gardener - an experience that seems to have left him a kind of cold rage. Enjoy.

The complete recording will be available soon, as well as others Goran Becker's past releases - among them, "Incendies Souterrains" released in 1999 on tape. More info soon.